3 questions à… Fabien Kuzniak — Conseiller militaire de Safran PRINCIPAUX MARCHÉS Espace 2025 a été riche dans le domaine spatial lIRE LA SUITE + de 4 300 satellites mis en orbite en 2025, soit une hausse de 50 % par rapport à 2024 « Les innovations enregistrées en robotisation et en intelligence artificielle invitent à une remise en question profonde des paradigmes existants. » Comment analysez-vous l’évolution du champ de bataille et l’augmentation des budgets de défense afférents ? F. K. Nous vivons une période de bascule stratégique dans un monde de fractures et de tensions durables avec une multiplication des conflits armés de haute intensité et la reprise de conflits larvés. Sur le continent européen, l’invasion de l’Ukraine en février 2022 a constitué une rupture fondamentale. Les États renforcent désormais substantiellement leurs investissements dans la défense et la sécurité, afin de renforcer leur souveraineté et d’assurer la protection de leurs citoyens. Les membres de l’OTAN se sont engagés au dernier sommet à accroître leurs efforts : 3,5 % de leur PIB pour la défense et jusqu’à 5 % en y incluant les dépenses de sécurité, y compris de cybersécurité. Cette évolution s’inscrit dans une dynamique internationale plus large et pérenne, marquée par des niveaux de dépenses militaires dont la tendance restera à la hausse dans les prochaines années. Quelles solutions Safran peut-il apporter face à l’évolution des besoins des armées ? F. K. Chaque nation oriente ses choix militaires d’investissement vers des armements accessibles financièrement pour favoriser la masse (drones, munitions) ou décisifs via des technologies de pointe. Simultanément, l’attention se déplace vers de nouveaux champs de bataille — espace, cyberespace et opérations d’influence — en complément des domaines terrestres, aériens et maritimes traditionnels. Les innovations enregistrées en robotisation et en intelligence artificielle invitent à une remise en question profonde des paradigmes existants, encourageant le développement d’architectures davantage modulaires, une conduite des opérations en temps réel, ainsi qu’une automatisation croissante du champ de bataille. Safran, acteur majeur de la souveraineté militaire et spatiale de la France et des pays alliés ou partenaires, offre des équipements de haute technologie et accompagne ces changements. Le Groupe anticipe les besoins de ses clients afin de motoriser les aéronefs de nouvelle génération, proposer des solutions résilientes comme les produits PNT (produits de positionnement, de navigation et de synchronisation éprouvés) ou intégrer l’intelligence artificielle et l’espace au service des forces armées. Cela se traduit par de fortes augmentations de nos capacités de production. Comment la montée en puissance de l’intelligence artificielle redéfinit-elle le rôle du soldat ? F. K. L’accélération du tempo opérationnel va être exponentielle à mesure de l’arrivée de l’IA dans l’analyse des informations, la coordination des vecteurs et la proposition d’options vers le combattant. Ces soldats, ces marins, ces aviateurs resteront donc au coeur de conflits dont eux seuls pourront appréhender toute la complexité. L’homme devra rester dans la boucle décisionnelle de l’action létale mais avec une prise en compte de son environnement décuplée. Dans cette perspective, Safran AI développe des solutions d’intelligence artificielle souveraines et maîtrisées, conçues pour répondre aux besoins des opérateurs en temps réel sur le terrain comme à ceux des centres de commandements. Le marché des satellites a poursuivi sa forte croissance, avec plus de 4 300 satellites mis en orbite dans l’année, soit une hausse de 50 % par rapport à 2024, portée par le déploiement des méga- constellations telles que Starlink, Kuiper, Starshield et les constellations chinoises. Le nombre total de satellites opérationnels dépasse désormais 14 000. Côté lanceurs européens, 2025 a marqué les débuts commerciaux d’Ariane 6 (premier lancement commercial avec le satellite militaire CSO-3), suivis de trois autres vols réalisés avec succès entre août et décembre 2025. Dans le domaine des mini-lanceurs, l’ESA (Agence spatiale européenne) a lancé l’initiative ELC ( European Launcher Challenge ) présélectionnant cinq acteurs dont MaiaSpace, filiale à 100 % d’ArianeGroup. L’année a également été marquée par la conférence ministérielle de l’ESA (CMIN25) qui s’est tenue en novembre 2025 à Brême (Allemagne). Elle a réaffirmé l’ambition spatiale européenne avec la souscription par les 23 États membres de l’ESA de plus de 22 Mds€ de budget pour la période 2026-2028 dont 3,7 Mds€ de la France. Sur cette enveloppe globale, un budget de 900 M€ a été souscrit spécifiquement pour l’initiative ELC (dont 184 M€ pour des services de lancement MaiaSpace). Le contexte géopolitique a eu des impacts importants pour le secteur spatial, avec par exemple l’annonce d’un budget de 35 Mds€ pour le domaine spatial militaire en Allemagne d’ici 2030 ou le lancement du « Golden Dome » aux États-Unis. On note également un rapprochement entre le secteur de la défense et celui du spatial en Europe (Rheinmetall et ICEYE ou Kongsberg et Helsing). Espace 2025 a été riche dans le domaine spatial lIRE LA SUITE